Chants et poésies d'Afghanistan
Sahar Afarin -chant- & Naseer Aziz -tambur et sitar-
"La femme apparaissait comme une déesse bienveillante, car elle composait avec les éléments, elle était les éléments et tout ce qui les embellissait aux yeux des hommes ; mais c'était au printemps, lorsque les torrents frangés d'écume brune et duvetés de tamaris verts roulaient un tam-tam de galets assourdis, qu'elle s'épanouissait et devenait aussi aérienne qu'une antilope. Elle se confondait avec la renaissance de la nature."
Mohammad Khair-Eddine, Légende et vie d'Agoun'chich
Réalisé avec le soutien de l'Ambassade de France en Afghanistan.
C'est du Nouristan qu'est originaire la jeune chanteuse Sahar Afarin, région où les villages s'agrippent encore au sommet des montagnes et où certaines maisons sont encore habillées de bois sculptés. Cet ancien pays des infidèles (Kâfiristân) deviendra en 1896 le " pays de la lumière " (Nouristan), sous l'impulsion du roi pashtou Abdour Rahman.
On dit que les habitants de cette région seraient les descendants des troupes d'Alexandre le Grand qui ont conquis la région vers 300 avant J.C. Mais à cette époque, on parlait déjà le persan en Afghanistan, le dari, s'imposant désormais comme la principale langue du pays pashtou. Cette dernière est le terreau et le verbe de la grande poésie et du chant classique afghans.
C'est précisément vers ce chant que se dirigera la jeune Sahar Afarin, obligée de quitter avec sa famille sa région natale pour Kaboul, il y a une dizaine d'années, suite aux événements. Ses parents découvrent le don exceptionnel de leur fille, alors âgée de six ans, et l'encouragent à s'initier à cette grande tradition. Elle se rend jusqu'à Peshawar pour rencontrer l'un des grands maîtres de chant, le renommé Ustad Munir Faqiri.
Ainsi, encore traversée de la force à la fois paisible et tellurique des montagnes, Sahar Afarin goûte à l'art du ghazal, qui utilise la plupart du temps la grande poésie persane, la voie mystique et céleste d'Hafez, Saadi, Rûmi ou Bedil. La parole du poète est ainsi déclamée avec profondeur, nostalgie et tendresse, dans cette forme semi classique qui reprend les modes mélodiques des ragas de l'Inde et les talas (rythmes) de la musique hindoustani. C'est autrefois à la cour du roi Amanullah que l'on pouvait entendre dans les années 20, la référence absolue du ghazal : Ustad Qasem, dit " le père de la musique afghane ", dont la voix reste imprégnée sur quelques vieux 78 tours antiques.
Dans cet Orient tourmenté, la voix de Sahar Afarin, âgée aujourd'hui de vingt-trois ans, donne une intimité et un relief émotionnel indéniable à la plénitude d'un chant où amour profane et sacré se confondent.
Et puis nous accueillerons le virtuose Naseer Aziz. Autre prodige de l'art afghan, ce jeune musicien de vingt-six ans originaire de Samangan, petite ville afghane réputée pour être un véritable fief musical, rencontrera Sahar Afarin précisément auprès du maître Ustad Munir Faqiri.Le fait que Naseer Aziz joue aussi bien du sitar que du tambur révèle bien la nature de la musique savante afghane voguant aux confins de l'art classique indien et des traditions régionales... Le tambur est le luth afghan par excellence, luth à long manche à cordes sympathiques et à frettes, il est originaire principalement de Kaboul et de Mazar-i Sharif, c'est notamment sur cet instrument que l'on joue les grandes pièces instrumentales afghanes les naghma-ye kash.
Sahar Afarin et Naseer Aziz sont accompagnés au tabla par Muneer Azir.







