Joannis
Charalampakis,
lenfant-maître de la lyra
Crête
La
Grèce, aux confins de lOccident
et de lOrient méditerranéens,
savère être dune rare
richesse dans ses traditions. Au-delà
de nos modernités contemporaines, la
Grèce et ses îles perpétuent
une tradition orale, reflet dune extrême
diversité. La Crête néchappe
pas à cette règle et lon
ne pourrait imaginer, au coeur de ses terres
montagneuses, une réjouissance quelconque
sans entendre résonner les ornementations
lointaines et festives de la lyra, la vièle
à 3 cordes qui a trouvé principalement
refuge sur cette île.
La lyra crétoise viendrait de la région
turque de la mer Noire importée par danciens
réfugiés grecs. Au-delà
dune éventuelle origine orientale,
la lyra reste linstrument emblématique
dune culture rurale encore reliée
à une certaine conception de la nature
et de la fierté ancestrale. Souvent aussi
dans les Balkans, laigle ou la chèvre
sauvage deviennent, dans la bouche du poète,
synonyme de liberté : cest cette
même liberté qui semble jaillir
de la virtuosité joviale du joueur de
lyra.
Confrontée aux temps actuels, lâme
dune tradition peut encore survivre à
travers de nouvelles inspirations, cest
sans aucun doute ce que prouve aujourdhui
Joannis Charalampakis. Jeune autodidacte de
13 ans qui, nétant pas issu dune
famille de musiciens, développe en solitaire
son propre apprentissage.
Lors des fêtes traditionnelles, il écoute
la radio chez lui, il a réussi à
développer un jeu dune extrême
précision qui, daprès les
derniers grands maîtres comme le regretté
Thanassis Skordalos, le destine à une
véritable carrière dartiste
traditionnel.
Rimpa Siva,
la petite joueuse de tabla (Calcutta
Inde)
Rimpa Siva vit à Calcutta, au milieu
de lexubérance dune métropole
tentaculaire. Mais à linverse des
enfants de son âge, son imaginaire est
peuplé de rythmes et de sonorités
magiques. Rimpa Siva est une des très
rares jeunes filles à jouer du tabla,
la percussion classique de lInde. Son
gourou, qui est aussi son père, est issu
dune des plus grandes lignées ou
écoles (gharana) de lInde. Il la
guide spirituellement et techniquement dans
un apprentissage qui ne peut être accompli
que par la transmission orale. Lentement Rimpa
est initiée aux subtilités dune
rythmique des plus complexes au monde.
Elle laisse ainsi son esprit vagabonder à
travers un véritable labyrinthe de pulsions
rythmiques, sachant que la règle est
toujours de revenir à son point de départ
et de ne pas trop égarer ses mains et
ses doigts dans la frappe de linstrument.
Le contrôle et la rigueur mélangés
à la fougue de limprovisation sont
la règle de cet art. Le grand tablaïste
Zakir Hussain dit de tout parcours rythmique
quil est « similaire à la
course dun cheval fou ».
Chota Divana,
les petits princes du Rajasthan
Depuis leur venue en lan 2000 dans le
cadre du projet Enfants daujourdhui,
musiciens de demain, les enfants du désert
du Thar nont pas encore trop grandi. Ils
gardent cette attitude à la fois princière
et espiègle, à limage de
la majesté de leur environnement : le
Rajasthan (mot sanskrit signifiant Pays
des princes).
Au Rajasthan, les enfants sinitient dès
lâge de 8 ans et portent en eux,
lune des traditions les plus fortes du
continent indien. La caste (jâti) des
manghaniyars du désert du Thar vit plus
particulièrement dans la région
de Jaisalmer et de Barmer à la limite
du désert et de la frontière pakistanaise.
Ils privilégient lusage de la kamanchiya,
cette vièle lourde aux sons graves. Les
langas, eux, sont situés dans la région
de Jodhpur, ils se servent du sarangui, linstrument
aux mille couleurs, autre vièle
de lInde traditionnelle.