« L’exotisme qui a disparu de la littérature comme de la réalité du tourisme avec l’expansion œcuménique de la civilisation occidentale, l’avènement universel du H.L.M, du transistor et de la bouteille de Coca-Cola, continue pour les amateurs opiniâtres à mener une vie larvaire dans les recoins et les renfoncements de chaque civilisation, tout comme au temps des expansions glaciaires s’est enfouie sur place la vie résiduelle des cavernes».

Julien Gracq,
« Carnets du grand chemin »,
1992

Sans prétendre revenir à la nostalgie d’un Orient enfoui sous les autoroutes virtuelles d’une nouvelle culture de consommation, Les Orientales se plaisent avant tout à présenter des traditions, bien vivantes.
Il existe aujourd’hui deux sortes d’expressions traditionnelles, à commencer par celles qui s’inscrivent encore dans leur contexte originel, habitées de leur sens sacré et empreintes de vie ordinaire : le village, la noce, le pèlerinage. Elles se réfèrent ainsi à une notion festive, rituelle, encore imprégnées d’une sorte de mimétisme écologique. Ces musiques ne sont pas nécessairement l’apanage de quelques régions obscures et sous-développées, on les trouve encore en Europe.
Et puis, il y a des traditions musicales qui, se frayant tant bien que mal un chemin dans les dédales de la cité moderne et de l’exil, survolent notre époque. Ces deux tendances cohabitent harmonieusement aux Orientales, illustrées cette année par la découverte d’une Asie et d’un Orient placés sous le signe de la féminité et du sacré.

De la prêtresse chamane à l’oracle dont la cartomancienne tsigane est un peu le vestige, la femme antique, entre intuition et révélation, a toujours été le lien unissant le monde visible à l’invisible. Venues d’un monde céleste, les divinités de la volupté, telles les Apsaras incarnées par les danseuses classiques cambodgiennes, représentent la femme d’essence divine, celle qui, dans les légendes asiatiques, choisit souvent de rester sur terre pour vivre un amour charnel et profane. Les Devadasis des temples de l’Inde ancienne ont en commun avec nos grandes chanteuses classiques un attribut divin : leur nom, « deva », signifiant « dédié à Dieu », renvoie au terme italien « diva », désignant nos déesses du chant, dont la beauté peut se refléter dans le miroir.

Au cœur de l’Abbatiale, à travers le bouddhisme tantrique Vajrayana dit « Véhicule du diamant », les chants de l’église syriaque arabe, l’islam iranien et le chant ladino d’origine juive, des voix de femmes célèbreront le divin.
La tradition chinoise de Taiwan, au Salon de musique, fera briller le raffinement de la féminité asiatique avec le Trio Mei Li De Dao et l’Ensemble Shin Shin Nanguan, détenteur d’un art à la fois chanté et théâtralisé.
Au Café Oriental, la voix soufie de la chanteuse ouzbek Munajat Yulchieva, entrant en résonance avec le chant hindouiste de la remarquable Bombay Jayashree Ramnath, côtoieront les envolées profanes de l’Orient tsigane de Lili Buttler.
Ailleurs, l’épopée sous forme de théâtre rituel culminera avec le magnifique Ramayana cambodgien porté par dix-sept enfants de l’association Apsara Arts de Pnomh Penh ainsi qu’avec l’art de conter des Bhopas du Rajasthan qui, sur le pad (le tissu peint) raconteront l’épopée de Pabuji, ce saint héros pastoral.
Le rite agraire japonais du Kagura, d’obédience shintoïste, parachèvera ce regard sur le sacré. Le premier week-end révélera en effet une Asie rare, mystique, mais aussi contemporaine avec le grand gamelan de l’île Sunda, auquel sera confiée l’ouverture du Festival.
Et puis, ce sera toujours la fraîcheur des petits spectacles de rue, avec l’apparition du jongleur Narayanan venu de l’Andhra Pradesh (ou peut-être d’un conte des mille et une nuits) ou encore les danses guerrières du peuple Shan de Birmanie.
Entre Turquie et Bosnie-Herzégovine, l’exubérance des musiciens roms fera d’eux, une nouvelle fois, des faiseurs de fêtes et d’émotions.

S’abandonner à l’errance, remonter le cours du fleuve pour atteindre la source d’une émotion vivifiante, c’est ce à quoi nous invite cette nouvelle édition.

Alain Weber
Directeur artistique



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