L'Orient, entre tradition et modernité
par Hervé de Charette
« Le meilleur moyen de fuir le monde est l'art,
mais c'est aussi le meilleur moyen de le pénétrer. »
Goethe
L'Orient, face à un développement économique sans précédent, succombe lentement au matérialisme occidental, aux prises avec les drames écologiques qui caractérisent ce nouveau siècle.
Derrière le voile de cette effervescence industrielle, de cet Eden de la consommation à outrance, se dissimule le sacrifice d'un monde traditionnel, rural et nomade... tandis que le séisme au large de Sendai au Japon, véritable déluge des temps modernes, nous remémore la fragilité du monde et de la vie.
Confrontés au développement de nouveaux réseaux d'information et de communication, des mondes bougent. La Tunisie, à laquelle nous rendrons hommage avec la présence des Stambali qui interprètent un ancien rituel d'origine africaine, en constitue un exemple flagrant. À l'image du monde maghrébin et arabe en quête d'une nouvelle liberté, les peuples revendiquent et les sociétés sont en mouvement.
Le passé donne des racines à l'avenir. La transmission d'une culture ou d'un patrimoine fonde l'identité d'un peuple. C'est pourquoi Les Orientales ne sont pas et ne seront jamais un festival en quête d'exotisme, tourné vers la nostalgie des récits des voyageurs d'antan. À nos yeux, les arts présentés, qu'ils soient sacrés ou profanes, festifs ou narratifs, sont encore enracinés dans le présent et le nourrissent.
Cette année, le programme prestigieux introduit par Alain Weber est davantage ouvert au rituel et à la danse. Des danses qui semblent remonter à la nuit des temps et alimentent un imaginaire qui a traversé les siècles.
De l'Asie, avec les plus talentueuses danseuses du Ballet royal du Cambodge jusqu'aux mystérieux Masques de la Lune venus d'Afrique subsaharienne, Saint-Florent-le-Vieil, petite cité fluviale, ouvre ses portes à la diversité humaine.
En outre, pour mieux insister sur l'emprise qu'ont les traditions sur la réalité d'aujourd'hui, le festival initie un important cycle de rencontres proposées par la philosophe Nadia Benjelloun.
Après avoir animé pendant plusieurs années les Rencontres du Festival des Musiques Sacrées de Fès, Nadia Benjelloun nous fait en effet l'honneur de rejoindre Les Orientales à travers ce programme qu'elle a appelé Éclats d'Orient.
Ainsi, nous espérons que cette nouvelle édition sera pour celles et ceux qui suivent ce festival depuis plusieurs années, autant que pour celles et ceux qui vont le découvrir pour la première fois, un moment rare, capable de transporter l'imagination et de faire de ces quelques jours un voyage qui ne s'oublie pas, au cœur de cultures si lointaines, et pourtant si proches.
Hervé de Charette
Président