D'une rive à l'autre

Batelier sur le Nil

© Aurélie Chauleur

« Aussi rapides que l’eau du fleuve ou le vent du désert,
Nos jours s’enfuient.
Deux jours cependant me laissent indifférent :
Celui qui est parti hier et celui qui arrivera demain. »
Omar Khayyâm

 

Le fleuve naît de l’éruption d’un petit ruisseau de montagne pour mourir dans l’immensité calme ou tumultueuse de l’océan, il est le symbole même de la vie, la nôtre, qu’évoquait le poète persan Omar Khayyâm conscient de la réalité : « Profite de cet instant, cet instant c’est ta vie ». Entre temporalité et désir d’éternité, nos vies éphémères sont à l’image de cette traversée initiatique célébrée par les poètes.


Ces derniers, ainsi que musiciens, danseurs et autres saltimbanques, viendront, comme chaque année, célébrer un Orient de musique et de voyage. Ils pourront contempler les rives d’une Loire dont les blancs de sable se mélangent au bleuté d’une eau qui évoque quelque fleuve d’un Orient lointain, de ceux qui ont fait naître les grandes civilisations antiques, de ceux qui ont abreuvé l’imaginaire des peuples anciens, de l’Indus au Nil, de la Yamuna au Gange, du Yang-Tse-Kiang à l’Amou-Daria.


Ainsi, beaucoup d’artistes invités à cette nouvelle édition seront le témoignage d’une vie traditionnelle toujours reliée à ces immenses fleuves.
Au fil de la Loire, sur un bateau, nous écouterons la parole chantée des gens du fleuve, ces bhatiali, bateliers bengalis dont la poésie nous rappelle le cheminement méditatif qui habite la prose de Julien Gracq. Et puis la nuit, au bord du fleuve, ce sera cette folie divine, ce grand tournoiement cosmique des fakirs qui incarnent l’Homme du Coeur, l’Homme insaisissable, autrement nommé Moner Manush.


Ces « hommes tambourins » qui dansent « sous le ciel de diamant avec une main levée/en l’air » (« beneath the diamond sky with one hand wading free », Mr Tambourine man – Bob Dylan), se sont appropriés la nature, les rivières et le vent, pour aider nos âmes à se détacher de l’illusion, nous aider à franchir la rive qui sépare deux mondes.


« Traversons la rivière !
Le soleil se couche
Bientôt ce sera la pénombre.


A la fin nous redoutons tous
Les périls imprévus
Alors traversons la rivière
Tant qu’il fait clair.


On a accosté sur cette rive le matin,
Maintenant le soleil se couche.

Le bateau est bien ancré
Mais il n’y a pas trace de batelier !


Nos activités en ce monde,
Sont jeux d’enfants,
Le jeu fini, chacun rentre chez soi.


Jugan dit « Ecoutez-moi !
Vous les passagers ! Moi je n’attends pas,
Plus longtemps pour faire la traversée.
Tous les désirs un jour s’évanouissent …
»
Gossain

Avant de devenir les décharges d’aujourd’hui, les fleuves étaient sacrés, du Mékong au Nil, jusqu’aux sept fleuves de l’Inde, nés des sources de l’Himalaya: le Gange, la Yamunâ, la Sarasvatî, l'Indus, la Godavari, la Narmada et la Kaveri, car ils étaient à l’origine de la naissance de toute civilisation ainsi que les essentielles voies de circulation.


L’Indus qui donna son nom à l’Inde s’appelait anciennement Sind, terme encore utilisé pour nommer la vallée de l’Indus au Pakistan dont viendra la jeune chanteuse soufie Sanam Marvi dont la poésie évoque aussi cette idée de détachement.
Proche aussi de l’Himalaya, l’Amou-Daria, le plus long fleuve d'Asie centrale, qui naît dans l'extrême Est de l'Afghanistan et va mourir dans la mer d'Aral possède ses propres bardes qui viendront de l’Afghanistan.


Le fleuve est aussi la frontière entre la vie et la mort comme dans l’ancienne Thèbes, où la rive de l’Est symbolisait la vie et celle de l’Ouest la mort. Aujourd’hui, lorsque Râ, le dieu chacal, se couche derrière les montagnes de la Vallée des Rois, le monde baladî (qui veut dire en arabe : traditionnel, de la campagne) chante aux étoiles.


Sur la place d'un village, une scène rudimentaire est dressée. Quelques bancs de bois accolés, des guirlandes d'ampoules en guise d'éclairage vont favoriser une fête populaire habitée par une joviale anarchie, entre cris d’enfants et nuages de poussière. C’est ce Nil villageois, loin du bruit politique de la ville, qui sera présenté aux enfants sous forme d’un triptyque : spectacle, film et exposition, conçu spécialement pour cette édition.
Dans ce désir d’aborder d’autres rives, de laisser notre esprit flotter comme une barque au gré de la rivière, le festival présentera deux créations, l’une « Kathak/Kaalam » nous entraînera dans les spirales poétiques et gestuelles du light painting de Julien Breton qui reproduira de magnifiques calligraphies arabes face aux volutes chorégraphiques de la nouvelle étoile kathak de l’Inde : Anuj Mishra.


Et puis, la guimbarde de Wang Li, et l’orgue à bouche sheng de Wu Wei, suivront les courants tumultueux du plus long fleuve d’Asie, le Yang-Tsé-Kiang.
Se perdre dans les méandres d’expressions artistiques s’inspirant de l’essentiel -la nature et le sacré, sera le but de cette nouvelle traversée, douce ou intempestive. Les voix profondes de l’Ensemble Nour, voguant entre le plain-chant grégorien et le chant mystique persan, l’émotion antique des chants syriaques d’Abir Nehme, seront nos guides, tandis que le plasticien Serge Crampon, dans une idée de mort et renaissance, exposera les entrailles d’une Loire au courant impétueux.


La voix posthume du grand poète Mahmoud Darwich revisitée par le Trio Joubran entamera cette traversée qui, des sources de l’Himalaya à l’océan indien, s’achèvera aux accents d’une Afrique festive et très présente cette année, celle du grand fleuve Zambèze avec l’orchestre de brousse Tidziwani du Mozambique.

Alain Weber
Directeur artistique

 
Alain Weber

Outre la direction artistique du Festival Les Orientales spécialisé dans les grandes traditions d'Asie et d'Orient,  Alain Weber assure également celle du Festival des musiques sacrées du monde de Fès (Maroc) et du Nagaur Sufi Festival au Rajasthan (Inde). Il est par ailleurs conseiller pour les musiques du monde à la Cité de la musique/ Salle Pleyel (Paris), responsable de la programmation du Théâtre Claude Lévi-Strauss au musée du quai Branly (Paris).

 

Édito du Directeur artistique

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Programme

Mercredi 27 juin 
Le Trio Joubran (Palestine)

Jeudi 28 juin 
Paroles et Musiques du Nil (Egypte)

Vendredi 29 juin 
Sanam Marvi (Pakistan)

Samedi 30 juin
Ambuya Nyati (Zimbabwe)
Chants des bateliers du Delta du Gange  (Inde)
Homayoun Sakhi (Afganistan)
Ensemble Nour (France-Iran)
Kathak-Kaalam (France-Inde)
Sadhu Sengho avec les Bauls et Fakirs (Inde)

Dimanche 1er juillet
Samba Diabaté (Mali)
Chants des bateliers du Delta du Gange (Inde)
Wang Li et Wu Wei (Chine)
Abir Nehme (Liban)
Tidziwani Band (Mozambique)