Kazakhstan et Ouzbékistan

CONCERT

Samedi 29 juin
Abbatiale, 18h30
Tarif : 19 € / 16 €

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Bardic Divas

Les poétesses de l'Asie centrale - 1h15

Bardic Divas

Bardic Divas © Michel Le Bastard

« Parle ma langue, parle
Quand ton âme est pleine
Tant que ma voix ne s'est pas réchauffée
Elle ne pourra sonner comme une cloche
Même un vrai cheval de course ne pourrait sauter
S'il n'est prêt pour la course
Sois joyeuse ma langue, sois joyeuse
Quand mon âme douce est entière. »

 

Poésie kazakh

Du monde chamanique nomade au shash-maqâm classique, ce trio de femmes incarne l'ancien monde de la Route de la soie, où voyageaient bardes des steppes et poètes des cours. 

Ces femmes poétesses possèdent à la fois fierté guerrière, douceur féminine et noblesse nomade ; de l'âpreté naît la plénitude, de la simplicité la beauté.

La poésie héroïque, consistant en de longs textes en prose brodés de chants versifiés, s'est développée chez des peuples vivant sur un large territoire allant de la mer Caspienne à la mer du Japon. Les nomades éleveurs des steppes du Kazakhstan, du Kirghizistan, du Turkménistan, d'origine turco-mongole ou türke, ont des langues voisines et partagent coutumes et culture musicale. 

« On compare le chant épique kazakh jyraou à un pur-sang qui galope, transpire et fait l'admiration de tous », raconte Ulzhan Baibussynova. « Avant de le faire courir, on donne un peu à boire et à manger au cheval. Pour le jyraou c'est pareil : juste avant de l'interpréter, on prend un peu de thé avec du bouillon et de la viande d'agneau, car le jyraou qui transpire chante mieux ! »

C'est dans cet univers entre steppes et cieux que la musique fut inventée par le poète mythique Korkyt-Ata, lui qui saura séduire la Mort par son chant, tout comme Orphée convainquit Hadès de sa lyre. En pleine révélation, des anges vinrent à lui : « roule un pièce de bois dans de la peau de chameau et tisse une corde avec du crin de cheval ! » Tant que son archet faisait résonner son qyl-qobyz, il fut impossible à la Mort d'atteindre Korkyt-Ata... 

Le qyl-qobyz, vièle à deux cordes frottées, fut ainsi craint des siècles durant en tant qu'attribut sacré indispensable des baksy, ces chamanes dont Korkyt-Ata est considéré comme l'ancêtre. On attribuait au qobyz le pouvoir de chasser la maladie, de tenir la Faucheuse à l'écart et bien sûr d'ouvrir la porte du monde des esprits. Encore aujourd'hui, de petits objets métalliques et des plumes de chouette sont suspendus à la partie supérieure du manche en hommage à ses fonctions magiques. Et s'il n'a plus aujourd'hui cette aura mystérieuse, le qobyz est resté un instrument symbolique de la tradition, au même titre que la populaire dombra, ce luth à deux cordes qui incarne l'âme kazakhe. Le lien avec les ancêtres et la nature s'entretient grâce à la musique ; on devine alors quelle importance elle revêt dans le quotidien des hommes.

Dépositaire de la tradition chamanique par héritage familial, Raushan Urazbayeva maîtrise à la perfection le répertoire spécifique du qobyz, constitué de kuï, courtes pièces que l'on peut décrire comme des images musicales d'une personne, d'un animal, d'une légende, d'une réflexion philosophique ou d'un état émotionnel. Proche du sarangui et de la voix humaine, le son produit par son jeu de cordes peut évoquer, chamanisme oblige, des cris d'animaux.
Raushan est décidément l'une des rares femmes instrumentistes à faire corps avec son instrument, épousant chaque inflexion de l'archet, jouant au « ressenti », variant les figures, les rythmes et les climats avec une subtilité éloquente.

Quant à l'art raffiné du shash-maqâm - qui ne sera pas en reste au cours de ce concert, on dit qu'il ne se maîtrise, et même ne s'apprécie, qu'à l'âge mûr. Pourtant, avec la jeune Nodira Pirmatova, le souffle des steppes s'éteint doucement pour laisser place au chant raffiné des cours. Elle est une exception qui a connu les scènes de l'Occident à tout juste vingt-cinq ans. La maqâmchi confirmée interprète le grand répertoire, mais la voie exigeante choisie ne l'a pas pour autant distrait des genres plus faciles dits « classique populaire » (khalqi klassiki), de la chanson (qoshiq) ou bien des traditions des femmes de Boukhara (sâzanda). Nodira, s'inscrivant dans la grande tradition tadjik ouzbèk, chante indifféremment dans les deux langues.

Ces Bardic Divas apportent une contribution unique à leur paysage : elles le sculptent de leurs mélodies sous sa forme la plus sublime et la plus touchante.

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Avec la collaboration de l'Aga Khan Music Initiative, un programme de l'Aga Khan Trust for Culture

Aga khan

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Raushan Urazbayeva, vièle qyl-qobyz (Kazakhstan)
Ulzhan Baibussynova, chant et luth dombra (Kazakhstan)
Nodira Pirmatova, chant et luth dutar (Ouzbékistan)