Bornéo (Sarawak, Malaisie)

SPECTACLE

Dimanche 30 juin
Café oriental, 16h30
Tarif : 11 €

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Maîtres du luth sape de Sarawak

Ensemble de luths, chants et danses des forêts tropicales - 1h15

Maitres du luth sapé de Sarawak

© Katheline Killah

Musiques de guérison des Dayak des forêts tropicales de Bornéo, échos d'un monde menacé. La saisissante suavité des mélodies du sapé en fait un instrument éminemment romantique et éternel.

 

Les habitants de l'intérieur de Bornéo

Tout commence à 600 km de Kuching, la capitale de l'État du Sarawak, dans les villages dayak, au bord des fleuves et rivières et sur les hauts-plateaux... Nichés au cœur de la forêt tropicale humide dans la partie malaisienne de Bornéo, au nord-ouest de l'île, se trouvent les villages des Orang Ulu (littéralement en malais : « Les habitants de l'amont des rivières », les autochtones de l'île de Bornéo). Parmi eux, les Kayan, Kenyah et Kelabit sont les plus nombreux. 

Certains Orang Ulu seraient arrivés il y a 4000 ans par les Philippines et le Nord de l'île voisine de Sulawesi (Célèbes). D'autres encore seraient venus d'Asie du Sud-Est continentale directement ou via Java ou Sumatra depuis 2000 ans. Tous parlent des langues de la famille austronésienne. 

Pratiquant l'agriculture du riz sec de montagne, défrichant chaque année la forêt afin d'ouvrir de nouveaux champs ou des rizières humides, ils sont aussi horticulteurs, chasseurs et pêcheurs. Pour chasser, à côté des pièges, des lances et des chiens, ils se servent de longues sarbacanes en bois très dur. 

Les Orang Ulu ont su s'adapter aux influences successives qui ont touchés leurs territoires forestiers, d'abord celle du sultanat de Brunei islamisé dès le XIVe siècle, dominant les bassins des fleuves Baram et Rejang et l'arrière-pays du Sarawak, puis ils ont été affecté par la dynastie des Rajah Blancs (1841-1941), dont l'aventurier James Brooke a été le fondateur avant que le royaume devienne colonie britannique de 1946 à 1963. Bien que depuis cette époque les Orang Ulu aient été soumis au prosélytisme des missionnaires chrétiens, protestants et catholiques, ils ont su conserver leurs croyances animistes et les rituels chamaniques ancestraux. 

Leur quotidien reflète cet attachement viscéral à la nature et aux forêts qui entourent leurs villages formés de « longues maisons » (uma/uma'), construites surtout en matériaux végétaux : bois, bambous, palmes. De taille imposante, ces maisons peuvent mesurer jusqu'à 200 mètres de long et abriter un village entier. Traditionnellement, les femmes arborent des tatouages aux motifs géométriques complexes, les lobes de leurs oreilles sont distendus par de lourds anneaux en bronze ou en laiton. Les hommes dessinent des motifs foliacés qui recouvrent les boucliers et les cloisons intérieures des longues maisons, réminiscence de mythologies ancestrales où figurent des serpents-dragons stylisées (aso'), et des oiseaux, tels le Calao rhinocéros (tingang), symbole de sagesse et de courage. 

 

Légendes du sapé : un instrument magique pour la guérison

Les instruments de musique sont sculptés dans des bois choisis très précisément, recueillis les jours de pleine lune pour en optimiser l'acoustique... L'on dit qu'ils peuvent guérir, adoucir l'âme et le cœur. Il en va ainsi du sapé (appelé aussi sampet ou sampeh), un luth-bateau à trois ou quatre cordes, sculpté dans une pièce de bois d'un seul tenant, utilisé originellement lors de rituels curatifs, où la transe joue un rôle clé. Plusieurs récits sont attachés aux origines du sapé : il serait né du rêve d'Anyie Selong, un noble Kenyah des temps anciens. Il reproduirait le rythme des pas de la princesse kayan Hanging Buring Yaang. Il aurait servi au héros Balan Nyaring pour tuer son cousin Uyau Abeng par jalousie amoureuse. 

Au siècle dernier, le sapé, détrônant l'orgue à bouche, la guimbarde et la flûte nasale, s'est sophistiqué pour devenir finalement un instrument de divertissement et de convivialité, redécouvert à l'occasion des recherches de Virginia Gorlinski et d'autres ethnomusicologues comme Patricia Matusky, il y a un peu plus de 20 ans. 

Autrefois, les hommes appelaient les femmes au son du sapé, d'un appartement à l'autre dans les longues maisons, jouant ainsi la sérénade... Cet instrument était l'apanage des hommes, mais certaines femmes chamanes en jouaient aussi à l'occasion de rituels de purification. Aujourd'hui il accompagne les danses solo ou de groupe lors de fêtes des Orang Ulu. 

De nombreuses ornementations et variations thématiques enrichissent considérablement les mélodies complexes du sapé. Ces musiques sont largement inspirées par les rêves de leurs compositeurs et, bien que l'on compte aujourd'hui 35 mélodies traditionnelles, le répertoire s'élargit progressivement, notamment suite aux évolutions qu'a connu l'instrument et à sa popularité croissante depuis les années 90. Jerry Kamit fait partie des musiciens qui ont donné au sapé un nouvel essor, grâce à la création de nouvelles pièces de répertoire.

La saisissante suavité des mélodies du sapé, ainsi que sa rythmique robuste lorsqu'il est joué en duo, en font un instrument éminemment romantique et éternel.

Remerciements :
Isabelle Gruet, conseil artistique
Antonio Guerreiro (IrAsia, CNRS-Aix-Marseille Université), conseil ethnologique

 

Rencontre associéeChez les hommes aux longues oreilles

 

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Ce concert est organisé avec le soutien précieux de Tourism Malaysia, en collaboration avec Visit Malaysia Year 2014. 

Tourism Malaysia _ monochrome    Visit Malaysia Year 2014

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Salomon Gau, luth Sapé (traditionnel)
Jerry Kamit, luth Sapé (traditionnel et moderne)
Bridget Taja, danse traditionnelle
Uli Bilong, danse traditionnelle