Inde du Nord

SALON DE MUSIQUE

Samedi 29 juin
Palais Briau à Varades, 19h00
Tarif : 16 €

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Crépuscule | Raga du soir

Pandit Shyam Sundar Goswami, chant khyal - 1h

Pandit-Shyam-Sundar-Goswami---Leo-J-2012

Pt. Shyam Sundar Goswami © Leo J

Le raga ou la mesure du temps... 

 

« Le grand Ennemi de l'homme, contre qui il engage dès sa naissance une lutte à mort, c'est le Temps. La conscience du temps pur, vide de contenu, est intolérable. Essayez seulement, pendant une minute, de faire attention au temps qui passe, et à nulle autre chose ; si vous réussissez, vous êtes hors de cause. L'homme d'Occident cherche par tous les moyens à tuer le temps sous les mille façons de dormir, c'est-à-dire en se tuant soi-même. »

 

René Daumal, « Sur la musique hindoue », Bharata, 1931

Dans un salon qui évoque ceux des Maharajas d'antan, une initiation à la beauté thérapeutique du raga...

Le raga (dérivant de la racine sanscrite ranj qui signifie « ce qui affecte ou colore l'esprit et qui procure du plaisir »), dans sa conception védique, ainsi que dans l'esprit des anciens, est l'incarnation d'un temps cosmique et divin qui détermine les lois de la nature, les saisons, les heures de la journée. Chaque note arrachée au silence porte en elle la résonance de l'univers. La musique, née de Shiva lui-même, constitue un miroir de la nature et de la vie sous toutes ses formes : tour à tout paisible, passionnée et sombre. On attribuait même au pouvoir modal du raga et ses chapelets de notes, celui de modifier l'ordre du monde. Aussi, provoquer l'apparition du feu, ainsi que le fit autrefois le légendaire musicien Tansen en interprétant le raga Deepak à la cour de l'empereur Akbar, n'eut rien de tout à fait surprenant. 

Il est sans doute délicat aujourd'hui d'admettre que l'équilibre de l'univers puisse être menacé par l'exécution d'un raga dont les règles temporelles n'auraient pas été respectées. Pourtant, jusque dans les années cinquante, bien des musiciens indiens refusaient que leur art soit fixé par enregistrement : qu'adviendrait-il si la musique était diffusée hors de son présent ? Si l'écoute d'un raga nous confronte éternellement au sens sacré de l'art, il est d'abord pour nous autres l'occasion d'une immersion dans un monde émotionnel supposant de braver notre appréciation subjective du temps. Cette poïesis n'est pénétrable que par celui qui accepte d'errer dans les entrelacs et les subtilités rythmiques et mélodiques de ces raga qui témoignent d'une vision holistique de l'univers.

Au sujet du raga, Pandit Shyam Sundar Goswami explique : « prenez un rossogolla - la douceur favorite des Bengalis, une boule blanche sucrée trempée dans un sirop. Si on sépare la boule du sirop, le rossogolla perd son charme, son vrai goût, son identité ; pour être un rossogolla parfait, la boule et le sirop doivent être ensemble, tremper l'un dans l'autre, s'imbiber mutuellement ; le raga ne doit pas être fractionnée - la mélodie, les tons, le vistar font un tout ; le tout s'harmonise comme le rossogolla dans son jus. »

Formé dans le style de la kirana gharana, célèbre école du regretté Bhimsen Joshi, Shyam Sundar Goswami pratique des années durant le sâdhana (exercices rigoureux ponctuant le cheminement spirituel) auprès de plusieurs grands maîtres tels Pandit Jadunath Chakraborty ou Guru Madan Mohan Thakur. Il s'impose de nos jours comme un remarquable chanteur dans son interprétation du khyal (de l'arabe « imagination » ou « fantaisie »), cette expression établie sur un répertoire de chants courts, matériau de l'improvisation. Toujours très en vogue dans l'Inde contemporaine, cet ancien art de cours démonstratif, empreint de profondeur et de spiritualité, constitue un terrain de jeu privilégié pour le jeune pandit qui aime mener des recherches sur sa genèse.

Un premier salon de musique dédié aux raga du matin.

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Pandit Shyam Sundar Goswami, chant
Sri Samir Kumar Karmakar, flûte
Sri Prodyut Kumar Mukherjee, tabla
Françoise Jalais, tanpura