Sardaigne

RITUEL

Vendredi 28 juin
Rives de la Loire, 23h00
Tarif : 12 €

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Samedi 29 juin
Rives de la Loire, 23h00
Tarif : 12 €

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Rite antique du village de Sorgono

Is Arestes e s'Urtzu Pretistu : vie, mort et renaissance - 1h

Maschere

Maschere © Carlo Marras 2012

Incantations et danses masquées d'un village de Sardaigne nous conduisent vers les racines immémoriales de notre âme pastorale. Cathartique.

Dans la lueur de la lune, aux abords du fleuve, c'est à une véritable cérémonie antique prenant la forme d'un défilé bestiaire à laquelle nous serons conviés. Ces créatures-là portent le masque de nos croyances ancestrales, elles sont le visage de notre âme pastorale.

Certaines îles de la Méditerranée, cultivant avec fièvre leur identité, sont telles un temple où se réinventent des traditions séculaires, et parfois même millénaires. Au sommet des montagnes sardes, un carnaval dont les racines plongent beaucoup plus loin qu'on ne le soupçonnerait s'est développé au fil des siècles, opposant ses rituels païens à l'ordre chrétien. Il conserve des caractéristiques et des lois propres, réunissant toujours l'homme et l'animal. 

Aux commencements, l'être humain a dû, pour subsister, puiser la force des choses de la nature et surtout celle du monde animal, soit en se l'accaparant, soit pour en conjurer la sauvagerie. Car, de la même façon que les lois apolliniennes n'existent pas sans désordre dionysiaque, la régulation harmonieuse des instincts humains requiert d'honorer leur bestialité. Le rite assure ainsi une tribune et exorcise les actes refoulés qui ne peuvent être tolérés dans une réalité sociale codifiée. Le dépassement de ses propres limites, physiques et psychiques, comme l'ivresse, en est souvent l'enjeu. En arborant le masque, objet essentiel dont l'archéologue Pierre Guy nous parlera au cours de sa conférence, il lui est permis d'exprimer ce qu'il ne serait autorisé à révéler avec sa propre face, au regard de tous.

Un autre motif du rite est que l'homme est habité par le besoin de mettre en geste ses croyances, de sorte que ses vœux s'incarnent, que ses nécessités soient reconnues et que ses craintes soient balayées. Ainsi par exemple les sacrifices à la pluie, gage de renaissance nécessaire à l'agriculture...

En Sardaigne, dans le village de Sorgono et plus précisément dans le quartier de San Mauro (zone archéologique riche en vestiges néolithiques et nuragiques), depuis des temps immémoriaux, se joue et se rejoue une célébration inédite : Is Arestes e s'Urtzu Pretistu. Is Arestes, les agrestes ou ceux provenant directement du monde sauvage ; s'Urtzu Pretistu, leur victime entêtée, lucide, résistante mais finalement flagellée jusqu'au sang, puis sacrifiée.

Ce culte, ayant lieu à la fin de l'hiver, avait pour vocation de vaincre le monstre pour neutraliser le risque de sécheresse. Il était bien entendu dédié à Maïmone, un nom local pour désigner Dionysos, dieu du printemps, de la vigne et du vin, de la végétation, de la renaissance - lui-même né deux fois ; dieu de l'ivresse, porteur d'une coiffe aux grandes cornes, cible à abattre pour favoriser des pluies abondantes. 

Tandis que Dionysos est l'élan vital, spontané, déchaîné (le cortège des Ménades courant les montagnes boisées et déchirant à pleines dents leurs proies), le jaillissement des forces élémentaires, Apollon est la cohérence, l'intelligence, l'ordre intérieur de l'âme qui se répercute sur un clair ordonnancement du monde extérieur. Forces chthoniennes, montées des profondeurs de la terre, et forces ouraniennes, descendues du firmament où règne le soleil... Le sacrifice doit avoir lieu. 

Un 15 janvier 1767, sous la pression de l'église chrétienne qui voulait interdire ces fêtes païennes en Sardaigne, le poète jésuite Bonnaventura Licheri est envoyé à la fête de San Mauro. Il qualifie lui-même ces masques d'agrestes, de « sauvages » ; il identifie dans l'obscurité une cohorte d'esprits malins revêtus de longues peaux de bœuf, mouflon, chèvre ou brebis, aux épaules chargées d'os, provoquant dans leurs mouvements un bruit inquiétant de crécelle. Devant un spectacle aussi ahurissant, il menace de faire excommunier ces païens. 

Ce rite sacrificiel, partie intégrante du patrimoine culturel sarde, a repris depuis quelques années à la demande des nouvelles générations. Authentique du fait de ces visages couverts de suie, de ces ossements terrifiants, de ces étranges parures aux cornes animales, de ces chaînes servant à la torture... Après avoir dansé autour de la bête sacrifiée, les créatures décrivent, au son d'une corne lugubre, treize cercles autour d'un feu, symbole numérique des treize lunes nécessaires au renouveau et à la régénération. 

Une expérience qui nous replonge dans la nuit des temps chamaniques, sur une île de Méditerranée... pas si lointaine que cela.

Note : prévoir une laine et un coussin. Les nuits sont fraîches au bord du fleuve !

Voir également la rencontre Masques : Vie, mort et renaissance.

 

Pierre Guy et Claudia Porcu, conseil artistique et coordination
Avec l'associazione culturale Mandra Olisai