Par Alain Weber


« Father of day, Father of night
Father, who build the mountain so high
Who shapeth the cloud up in the sky
Father of time, Father of dreams
Father, who turneth the rivers and streams. »

Bob Dylan, Father of night
 

Alors que l'homme fait preuve d'une brutalité sans précédent sur son environnement, le souvenir d'une nature habitée par le sacré subsiste encore dans la pratique de certains rituels. 

Ainsi celui du sacrifice, centre d'une violence mimétique décrite par le philosophe René Girard, d'abord remis en question avec le bouddhisme, puis avec la révolution spirituelle du christianisme qui détourna la loi du « bouc émissaire » (de la traduction grecque de « bouc à Azazel », un bouc portant les péchés d'Israël) comme composante rituelle. L'abolition du sacrifice animal par celui de Jésus proposera ainsi une nouvelle alliance avec le créateur. Pourtant, de la Méditerranée à l'Asie, alors même que notre civilisation s'abrutit à renfort de consumérisme industriel, l'empreinte culturelle de nos racines néolithiques se laisse apercevoir. Les chants, les gestuelles, les masques, parades et danses, l'interpellation de nos ancêtres, les honneurs rendus à l'univers se retrouvent encore dans un grand nombre de traditions. Depuis la Préhistoire, dans tout le bassin méditerranéen et ses pourtours montagneux ou désertiques, l'ancien chasseur, devenu pasteur « n'a eu de cesse de s'octroyer les pouvoirs bénéfiques ou maléfiques de son environnement et des créatures qui le peuplent pour, en quelque sorte, s'y insérer », comme le note l'archéologue Pierre Guy. 

Dans certains rituels ancestraux encore pratiqués par la communauté pastorale sarde et présentés dans le cadre de cette 15e édition, la terre était considérée comme partie intégrante d'un ordre cosmique correspondant en Inde au rta (ou rita, en sanskrit). Si tous les matins du monde les fleuves coulent normalement, c'est qu'ils coulent selon le rta ; si l'aurore née du ciel luit normalement, c'est qu'elle luit selon le rta. Encore aujourd'hui, les fêtes religieuses indiennes se fondent sur le Sanatana Dharma, l'« universel éternel ». Et étonnamment, chez les bergers de Sardaigne et leur mascarade de nature dionysiaque et chamanique persiste cette même quête d'une harmonie cosmique : créer le chaos pour mieux rétablir l'ordre. 

La renaissance perpétuelle de l'univers incarnée par le cycle des saisons, les pleines lunes ou les marées fixe le rythme de fêtes qui offrent un moyen pour l'homme d'intégrer le métier à tisser de la création, chaque caste et chaque membre de la société étant le reflet du cosmos. Le Purusha Sukta, un des hymnes du Rig-Veda, le recueil le plus ancien (1500-1200 avant J.-C.), cite l'Homme cosmique, en osmose avec le viraj, l'Énergie créatrice. De son sacrifice naîtront les castes :
 

« L'Homme a mille têtes,
Il a mille yeux, mille pieds,
Couvrant la terre de part en part,
Il la dépasse encore de dix doigts.

L'Homme n'est autre que cet univers,
ce qui est passé, ce qui est à venir... 

Tous les êtres sont un quartier de lui 

De Lui est née l'Énergie (créatrice)
De l'Énergie (créatrice) est né l'Homme,
Une fois né il s'est étiré au-delà
De la terre, tant par-derrière que par-devant. 

Par lui les dieux accomplirent le sacrifice humain

Quand ils eurent démembré l'Homme,
Comment en distribuèrent-ils les parts ?
Que devint sa bouche, que devinrent ses bras ?
Ses cuisses, ses pieds, quels noms reçurent-ils ? 

Sa bouche devint le Brâhmane,
Le Guerrier fut le produit de ses bras,
Ses cuisses furent l'Artisan,
De ses pieds naquit le Serviteur. 

La lune est née de sa conscience,
De son regard est né le soleil,
De sa bouche Indra et Agni,
De son souffle est né le vent. 

Le domaine aérien sortit de son nombril,
De sa tête le ciel évolua.
De ses pieds la terre, de son oreille les Orients :
Ainsi furent réglés les mondes...
 »
 

L'histoire de l'humanité défile comme des images mouvantes, car « cette roue dans laquelle nous tournons est pareille à une lanterne magique. Le soleil est la lampe ; le monde est l'écran ; nous sommes les images qui passent », ainsi que l'écrivit Omar Khayyâm. 

Du Caucase aux Balkans, de la chaîne himalayenne de l'Asie centrale aux montagnes sardes, cette édition 2013 sera un hommage aux peuples pastoraux. Femmes amazones des steppes kazakhs, poètes cavaliers de Mongolie, bardes ashiq d'Azerbaïdjan, petite danseuse nomade aux yeux de cobra, masques fantomatiques des bergers sardes, montagnards albanais dont les complaintes s'accompagnent au kaval, ou musiciens des liesses de l'Épire... seront les personnages de notre lanterne magique qui racontera la beauté meurtrie ou transcendée de ces anciens peuples nomades. Les Roms, dont l'errance rebelle défie régulièrement notre sédentarité pavillonnaire et son journal télévisé de 20 heures sonnantes, sont, eux, les héritiers d'une Inde incarnée par les Jôgis, les Manghaniyar et Langâ du Rajasthan, de retour parmi nous avec l'affirmation de la transmission incarnée par l'ensemble Chota Divana.

Les anciens rituels agro-pastoraux sont à l'origine du théâtre que le dieu hindou Indra prétend avoir fondé : « la substance de toutes les sciences, la mise en œuvre de tous les métiers ; de tout cela, en y joignant les Mythes, je fais le Cinquième Savoir qui s'appellera Théâtre. » Ainsi, cette 15e édition verra défiler un florilège de bardes, musiciens, danseurs et poètes qui nous happeront dans les pages d'un vieux grimoire, celui du songe. Dans l'idée indienne du théâtre, l'art est un moyen de lier émotion et connaissance, c'est précisément ce à quoi Les Orientales vous convient... 

 

Alain Weber
Directeur artistique

 

Édito du Directeur artistique

Billetterie

Achetez vos billets en ligne sur www.fnac.com
Billetterie physique sur place tarifs

Partenaires institutionnels

logoPaysDeLaLoire   logoAnjou    logoFrance    logoStFlorent

Les artistes invités en 2013

MERCREDI 26 JUIN
Manos Achalinotopoulos et son ensemble (Grèce)
 

JEUDI 27 JUIN
L'ensemble Divana et Alain Weber (Inde)
 

VENDREDI 28 JUIN
Les frères Dervishi (Macédoine)
Les bardes ashiq du Shirvan (Azerbaïdjan)
Rite antique du village de Sorgono (Sardaigne)
 

SAMEDI 29 JUIN
Pandit Shyam Sundar Goswami (Inde)
Chota Divana (Inde)
Bardic Divas (Kazakhstan+Ouzbékistan)
Pandit Shyam Sundar Goswami (Inde)
Création : Voix nomades (Sardaigne+Mongolie)
Rite antique du village de Sorgono (Sardaigne)


DIMANCHE 30 JUIN
Nawal (Océan Indien)
Maîtres du luth sape de Sarawak (Bornéo)
Création : Songe d'une nuit indienne (France+Inde) Ny Malagasy Orkestra (Madagascar)

La Playlist